Constitution congolaise : entre refondation de l’État et soupçons de manœuvre politique

Changer une Constitution n’est pas, en soi, une faute politique. En Afrique, plusieurs pays ont révisé ou remplacé leur texte fondamental pour rompre avec un ordre hérité, corriger une crise, élargir les droits ou adapter l’État à de nouvelles réalités. Le vrai problème n’est donc pas le changement lui-même, mais l’usage qu’on en fait.

Des exemples de rupture historique

L’Afrique du Sud a adopté en 1996 une Constitution qui a accompagné la fin de l’apartheid et la construction d’un État plus inclusif. Le Bénin, en 1990, a tourné la page du parti unique et de la crise politique pour entrer dans une phase de démocratisation. L’Algérie, de son côté, a multiplié les révisions pour ajuster ses institutions aux transformations du pays. Dans ces cas, le changement constitutionnel n’était pas un caprice de pouvoir, mais une réponse à une situation nouvelle.

Le cas du Rwanda

Le Rwanda est un autre cas, qui doit être présenté avec précision. La révision constitutionnelle de 2015 a permis à Paul Kagame de rester au pouvoir plus longtemps, avec une possibilité de maintien jusqu’en 2034. Elle n’a pas été perçue comme une simple modernisation, mais comme un moyen de prolonger la longévité politique du régime. C’est un point essentiel pour le débat congolais : une réforme peut être légale dans sa forme, tout en servant politiquement la continuité d’un pouvoir déjà établi.

Le débat congolais

En République démocratique du Congo, la question revient avec force. Le pouvoir dit vouloir moderniser un texte jugé dépassé, corriger des blocages institutionnels, renforcer l’autorité de l’État face aux crises, et adapter la gouvernance aux réalités actuelles, notamment la décentralisation et la sécurité à l’Est. L’opposition voit dans cette réforme une manœuvre politique, et la création de la Coalition Article 64 montre que le sujet est au cœur du bras de fer national.

Ce que dit l’article 64

L’article 64 de la Constitution congolaise stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à toute personne ou groupe qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation de la Constitution. Il précise aussi que toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. C’est pourquoi cet article est souvent invoqué comme argument de résistance face à toute dérive perçue.

Une Constitution appelée à évoluer

La Constitution congolaise de 2006 n’est pas un texte intouchable. Elle est née d’une transition politique difficile, dans un pays dont les réalités ont profondément changé. Le Congo d’aujourd’hui n’est pas celui de 2006. La sécurité, la souveraineté, le partage du pouvoir, la gestion des ressources et la défense de l’intérêt national exigent un cadre institutionnel capable d’évoluer.

Le souhait de la diaspora

Nous, de la diaspora congolaise, espérons que la nouvelle Constitution ouvrira enfin la voie à la double nationalité, comme le président Tshisekedi l’a promis à plusieurs reprises. Une telle réforme permettrait à beaucoup d’entre nous d’investir, de faire des affaires et de servir notre pays sans être freinés par un cadre juridique qui ne répond plus aux réalités actuelles.

Le vrai enjeu

Le débat congolais doit être posé sans hypocrisie. Changer la Constitution n’est pas une trahison. Ce peut être un acte de souveraineté, à condition que la réforme serve le peuple, renforce l’État et améliore concrètement la vie des Congolais. Ce qui serait dangereux, en revanche, c’est une réforme faite pour confisquer le pouvoir, affaiblir les contre-pouvoirs ou prolonger une domination politique sans bénéfice national clair.