Sall, Kabila : le choix entre servir et trahir après la présidence.

Par William Muyuku
Toronto | 29 juillet 2026

Macky Sall, ancien président du Sénégal, est officiellement candidat au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Au même moment, Joseph Kabila, ancien président de la RDC, est accusé par plusieurs rapports d’experts onusiens d’être le chef de la rébellion armée (M23/AFC) dans le pays qu’il a dirigé pendant 18 ans. Deux trajectoires opposées, deux façons de concevoir la responsabilité après le pouvoir.

Ma thèse est simple : un ancien chef d’État dispose d’un capital unique: expérience, réseau, légitimité qu’il peut investir pour élever son pays. Certains choisissent ce chemin de service. D’autres s’engagent dans une descente vers la clandestinité et la violence. Sall illustre le premier chemin, Kabila le second.

Ce qu’un ancien président devrait faire

Un ancien président reste une figure symbolique dont la conduite construit ou détruit la culture politique de son pays. Un comportement responsable repose sur trois piliers : le service institutionnel (ONU, Union africaine, institutions régionales), le soutien à la stabilité interne (accepter l’alternance, éviter toute implication armée) et l’engagement pour des causes globales (paix, gouvernance, développement).

Dans cette logique, un cabinet d’avocats international relèverait du service institutionnel, tandis qu’un rôle d’influenceur politique s’inscrirait plutôt dans l’engagement pour des causes globales, selon les sujets défendus.

Plusieurs anciens chefs d’État africains ont suivi cette voie : Macky Sall en briguant l’ONU, Pierre Buyoya devenu Haut Représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, et d’autres. Leur bilan national est discuté, mais leur choix d’après-pouvoir reste dans le cadre légal international.

Kabila : un cas extrême de chute post-présidentielle

Le cas de Kabila est à l’opposé. Après 18 ans à la tête de la RDC, il disposait de toutes les options pour rester un acteur reconnu.
Au lieu de cela, plusieurs rapports récents de l’ONU convergent : la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), active dans l’est de la RDC, serait structurée autour de réseaux liés à l’ancien régime, avec Kabila comme chef dans l’ombre, relié à Kigali. Sont notamment cités : la présence d’anciens cadres kabilistes dans l’AFC, une chaîne de commandement remontant à de hauts responsables, et le rôle stratégique du Rwanda comme base logistique.

Il s’agit d’un fait politique majeur : un ancien président devenu chef rebelle dans son propre pays. Ce n’est pas une simple dérive individuelle, mais un changement de catégorie — du statut d’ancien chef d’État à celui d’acteur clandestin des conflits.

Pourquoi ce choix ? L’agenda de Kigali en question

Pourquoi Kabila n’a-t-il pas choisi une fonction régulée comme d’autres anciens présidents ? Pour plusieurs analystes des Grands Lacs, la réponse tient à sa relation historique avec Paul Kagame. Depuis les années 1990, des rapports onusiens documentent un agenda continu du Rwanda en RDC : contrôle des ressources, soutien à des groupes armés, pression permanente à l’est du pays.
L’hypothèse est la suivante : Kabila aurait accédé au pouvoir dans ce contexte d’alliances régionales. L’arrivée de Tshisekedi, plus ferme face aux ingérences, aurait fragilisé cet agenda, poussant Kigali à chercher un relais fiable disposant encore de réseaux congolais : l’ancien président lui-même. Kabila agirait ainsi comme instrument d’un projet régional de balkanisation, plutôt que comme ancien chef d’État libre de ses choix.

L’enjeu réel pour le Congo et pour le monde

La comparaison avec Macky Sall n’a qu’un objectif : montrer que d’autres chemins existent. Un ancien président peut accepter la lumière des institutions internationales, ou se glisser dans l’ombre des groupes armés et des agendas régionaux destructeurs.

Pour la RDC, le choix de Kabila normalise l’idée qu’un ancien chef d’État puisse devenir acteur direct des conflits sur son propre territoire. Pour le monde, il pose une question : que vaut l’engagement des Nations Unies si ceux qui ont dirigé les États reviennent par les armes plutôt que par le droit ?

Chaque lecteur devrait se demander : pourquoi Kabila, au lieu de suivre la voie de la responsabilité institutionnelle, a-t-il choisi celle de la discrétion, de la honte, de la désolation et de la criminalité politique ?

William Muyuku,
Journaliste indépendant, manager d’AfriCanada Steam & UviraOnline,