
Une grande figure de l’histoire politique et médicale de la région des Grands Lacs s’est éteinte. Le Docteur Pie Masumbuko, premier médecin burundais diplômé d’État, ancien ministre et haut diplomate pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est décédé ce dimanche 26 juillet 2026 à l’âge de 95 ans, à trois jours de son anniversaire.
L’information a été rendue publique par le journaliste et éditeur Antoine Kaburahe (fondateur du groupe de presse burundais Iwacu), à travers un hommage intitulé « Masumbuko s’en va, sa mémoire demeure », publié sur sa plateforme officielle le 27 juillet 2026. Proche du défunt qu’il considérait comme un père et pour qui il préparait l’édition des mémoires, Antoine Kaburahe a partagé sa profonde émotion en annonçant sa disparition.
Sur les circonstances du décès, le Dr Pie Masumbuko s’est éteint paisiblement de vieillesse à l’âge de 94 ans. Il est décédé à son domicile à Abidjan, en Côte d’Ivoire pays où il s’était installé après y avoir servi comme représentant diplomatique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et où il vivait entouré de la mémoire de son parcours politique et médical. La nouvelle a immédiatement été relayée par la presse régionale et les acteurs de la sous-région des Grands Lacs.
C’est une page majeure de l’histoire contemporaine du Burundi et de toute la sous-région qui se tourne. Né le 29 juillet 1931 à Muramvya, au cœur du Burundi alors sous tutelle, Pie Masumbuko aura traversé un siècle de mutations profondes, incarnant l’émergence d’une élite africaine humaniste au carrefour des indépendances.

Un pionnier académique formé à la Sorbonne
Rien ne destinait le jeune élève de Bukeye et de Kiganda à embrasser une trajectoire aussi singulière. Après avoir décroché son diplôme de l’École des assistants médicaux en 1952, il se heurte aux verrous coloniaux de l’époque qui restreignent l’accès des Africains à l’enseignement supérieur. Il faudra attendre 1956 et l’obtention d’une bourse du Conseil supérieur du Pays pour qu’il s’envole vers la France.
À Paris, son parcours est brillant. Il décroche son baccalauréat en 1958 avant d’inscrire son nom dans les annales : en 1961, il soutient sa thèse de doctorat en médecine à l’Université de Paris (La Sorbonne), devenant le tout premier médecin burundais qualifié. Esprit curieux et intellectuel complet, il complète son cursus par des diplômes en anthropologie et en ethnologie, tout en passant par les bancs de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Sciences Po).
Acteur clé de l’indépendance et diplomate de la sous-région
De retour au pays au moment du grand tournant des années 1960, le Dr Masumbuko est immédiatement sollicité pour structurer le jeune État souverain. Homme d’État incontournable, il occupe les fonctions de Vice-Premier ministre et de Ministre de la Santé publique sous la direction de Pierre Ngendandumwe, puis prend la tête de la diplomatie burundaise en tant que Ministre des Relations extérieures jusqu’en novembre 1966.
Son aura dépasse rapidement les frontières du Burundi. Dans l’espace régional des Grands Lacs où les infrastructures sanitaires et d’enseignement comme l’École d’Assistants Médicaux d’Astrida (actuelle Butare) liaient étroitement le Burundi, le Rwanda et l’ex-Congo belge —, il devient une figure tutélaire. Pour de nombreux praticiens de la région, y compris dans le Kivu et l’est de la RDC actuelle, il restera le « doyen », un bâtisseur des premiers réseaux de santé publique post-coloniaux.
Deux décennies au service de la santé mondiale
À partir de 1973, Pie Masumbuko embrasse une carrière internationale en intégrant l’OMS. Pendant près de vingt ans, jusqu’en 1992, cet expert chevronné met son savoir-faire diplomatique et scientifique au service du continent africain. Il dirigera notamment les représentations de l’OMS au Tchad (1974-1976) puis en Côte d’Ivoire (1985-1992), menant d’importantes campagnes contre les grandes endémies.
Mise en line par TOYI MIREFU Théodore