RDC: Dialogue, oui. Mais pas avec les supplétifs de Kigali à la même table que Kinshasa.

Par William Muyuku
Toronto | 20 Juillet 2026
Press@africanadastream.com

Le mot dialogue fait beaucoup parler en République démocratique du Congo. Certaines personnes affirment que le Président Tshisekedi aurait enfin accepté de « discuter avec tout le monde », y compris les agresseurs. C’est faux si on lit attentivement son message. Dans cet article, je me concentre sur trois de ses expressions: « entre Congolais », « sur le sol national » et « la justice suivra son cours ».

« Entre Congolais »

Quand le Président parle de dialogue « entre Congolais », il exclut clairement les forces extérieures et leurs supplétifs. Les rapports de l’ONU établissent que le M23 est un mouvement dirigé et encadré par le Rwanda, et que l’AFC fonctionne comme sa plateforme politico-militaire. Les acteurs directement intégrés dans une chaîne de commandement rwandaise ne sont pas des interlocuteurs du dialogue. Ce cadre coupe court à l’idée d’un face-à-face politique entre Kinshasa et une coalition M23/AFC pilotée depuis Kigali.

« Sur le sol national »

Le Président précise que ce dialogue se déroulera « sur le sol national » et sera « conduit et organisé par les institutions de la République ». Ce n’est pas un marchandage diplomatique entre Kinshasa et une coalition M23/AFC encadrée par Kigali; c’est un processus interne, à l’abri des arrangements de couloir qui ont souvent permis à des groupes armés de se recycler politiquement sans répondre de leurs actes. Ce garde-fou est un piège politique pour ceux qui espéraient un format externe, où des États voisins pouvaient imposer leurs protégés à la table. Il exclut aussi de fait ceux qui ne peuvent pas circuler librement en RDC à cause de poursuites ou de condamnations. Comme l’ancien président Joseph Kabila, déjà condamné à mort, il ne pourra pas se pointer à ce dialogue.

« La justice suivra son cours »

Enfin, le Président affirme que « la justice suivra son cours normal, avec rigueur jusqu’au bout et sans complaisance ». Pas de suspension des poursuites en cours au nom du dialogue. Les auteurs de crimes contre les populations, qu’ils soient liés au M23, à l’AFC ou à leurs parrains, restent dans le champ pénal et ne deviennent pas des interlocuteurs politiques privilégiés. Le dialogue ne peut ni relativiser l’agression ni diluer des responsabilités déjà établies.

Ce que disent les dirigeants des confessions religieuses

Après leur entretien avec le Président ce vendredi 17 juillet 2026, les représentants des principales confessions religieuses ont salué un « dialogue inclusif entre fils et filles du Congo » et se sont engagés à porter cette initiative comme une mission. Leur discours insiste sur l’unité nationale face à une agression venue « essentiellement de l’est, du Rwanda ».

Rappelons que, les mois précédents, certaines délégations religieuses ont voyagé à Goma et à Kigali, parfois avec des déplacements facilités ou soutenus par les autorités rwandaises, en misant sur un format qui mettrait les supplétifs de Kigali à la même table que Kinshasa. Aujourd’hui, leur mandat public reste « le dialogue pour la paix », mais les conditions fixées par le Chef de l’État rendent impossible la présence directe du M23, de l’AFC et de leurs parrains à cette table.

Mon analyse est que le Président Tshisekedi accepte le dialogue, mais pose des conditions qui neutralisent le projet de certains acteurs: transformer ce dialogue en outil de blanchiment politique du M23/AFC et de leurs soutiens. Ceux qui criaient le plus fort pour le « dialogue » en espérant amener ces supplétifs de Kigali à la table se retrouvent aujourd’hui face à un cadre où ces mêmes acteurs ne peuvent pas se présenter sans s’exposer à la justice et aux sanctions déjà documentées.

Dialogue, oui. Mais un dialogue entre Congolais, sur le sol national, et sous la condition que la justice suivra son cours.

William Muyuku,
Journaliste indépendant, manager d’AfriCanada Steam & UviraOnline,