
Uvira – Obtenir un simple document de voyage à la Direction Générale de Migration (DGM) d’Uvira relève bien souvent d’un parcours de combattant. Si une réforme technique a été saluée par la population, la réalité du terrain reste marquée par les tracasseries, les pannes à répétition et un système de corruption qui pénalise durement les citoyens sans « connaissances ».
Une innovation appréciée, mais un accès verrouillé
La DGM a récemment remplacé l’ancien « tenant lieu de passeport » en papier duplicateur par un nouveau livret sécurisé, plus résistant et valable un an. Cette modernisation avait été bien accueillie par la société civile, qui y voyait un progrès.
Mais derrière cette façade technique, les usagers décrivent un système où l’éthique a disparu. Autrefois, le coût officiel pour obtenir un CEPGL était de 10 dollars + 3 000 francs congolais (pour le timbre CEPGL). Aujourd’hui, même si les 3 000 FC ont été supprimés pour ce document, l’accès reste conditionné par le piston. Sans une relation au sein de la DGM, impossible d’espérer obtenir le précieux sésame dans des délais raisonnables.
Aujourd’hui le calvaire c’est aussi l’obtention du permi de voyage temporaire Tenant dont la réforme a été opérée, malheureusement demeure une difficulté énorme pour l’obtenir. Malgré les multiples agents qui s’encombrent et se passent et repassent, le service aux usagers demeure véritable casse tête. La Province elle, ne fournit aucun service pourtant tous sont concentrés au poste d’Uvira.
Pannes techniques et lenteurs administratives
Le responsable du poste de la DGM Uvira a récemment reconnu des difficultés techniques. Interrogé sur les retards, il a déclaré :
« Je suis la bouche autorisée… nous avons une panne, nous attendons quelqu’un pour réparer. »
Ces pannes récurrentes des matériels d’impression et saisie des tenant lieux paralysent le service. Ayant pour résultat des files d’attente interminables, des dossiers qui s’accumulent et des demandeurs qui patientent parfois des jours entiers sans aucune information fiable.
Le prix explose pour ceux qui n’ont personne pour plaider leur cas.
Dans ce contexte de pénurie artificielle, certains agents y compris des hauts cadres responsables n’hésitent pas à monnayer leurs services. Le prix officiel d’un tenant lieu (50 dollars) peut grimper jusqu’à 75 dollars pour ceux qui veulent contourner l’attente. Ce montant se rapproche dangereusement du prix d’un passeport ordinaire valable pour cinq ans.
Pourtant, ce document provisoire ne permet pas de voyager en dehors de l’Afrique et n’est valable qu’un an. Une comparaison avec les pays voisins est édifiante :
·Au Rwanda, un laissez-passer coûte environ 7,5 dollars et est délivré en trois jours valide pour une année en format livret.
· Au Burundi, un passeport provisoire d’un an est facturé à moins de 50 dollars, là aussi les processus pour son obtention sont rapides 10 fois qu’à Uvira.
Au Sud-Kivu, le même document est non seulement plus cher, mais son obtention exige une patience de deux semaines en moyenne – quand on a la chance d’avoir un appui interne.
Un seul bureau pour toute la province, et des nuits à l’hôtel
Autre facteur aggravant c’est un unique bureau qui dessert toute la province du Sud-Kivu où le siège provisoirese trouveà Uvira et tous requirants sont obligs de s’y rendre pour des documentsofficiels. Des citoyens venus des territoires éloignés, parfois d’autres provinces, sont contraints de se rendre à Uvira. Sans certitude sur les délais, beaucoup passent plusieurs nuits dans des hôtels, multipliant par cinq ou sept fois le coût réel du document.
« Ceux qui n’ont personne pour plaider leur cas sont livrés à leur triste sort »,
déplore un habitant de Fizi rencontrésur le lieu à la DGM Uvira. Cette injustice est d’autant plus cruelle que ces populations sont déjà meurtries par des années de guerre, de déplacements et de traumatismes.
Appel aux autorités : il est temps d’agir
Face à cette situation, la société civile locale monte en pression. Les mouvements citoyens pourraient bientôt se saisir du dossier si rien ne change. Il est urgent que les autorités nationales et provinciales interviennent pour :
· augmenter le nombre des matériels d’impression et de les réparer rapidement.
· garantir un accès transparent et équitable aux documents migratoires,
· sanctionner les agents impliqués dans des pratiques de favoritisme et de corruption.
« La mauvaise gestion et la corruption gangrènent un service aussi important que la migration », conclut un responsable d’une Société Civile sur place à Uvira. « Il en va de la crédibilité de l’État congolais. »
Tant que les démarches resteront un chemin de croix pour les plus vulnérables, la DGM d’Uvira continuera de trahir sa mission première celle de servir les citoyens, et non les intérêts particuliers.
MULEMERA BINJA