
La protection des journalistes en République démocratique du Congo pourrait franchir un cap décisif. Dans un communiqué officiel publié le 20 octobre 2026, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a salué l’engagement pris par les autorités congolaises pour la création d’un mécanisme national dédié à la sécurité des professionnels des médias. Cette annonce fait suite à la table ronde « Médias-Justice-Sécurité », coorganisée avec l’association locale Journaliste en danger (JED), au cours de laquelle le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, avait qualifié ce futur dispositif d’aboutissement majeur des concertations. Pour JED et RSF, ce projet concrétise une revendication portée depuis plusieurs années : doter le pays d’un outil institutionnel capable de prévenir les exactions et d’intervenir rapidement en cas de menace.
Sur le plan opérationnel, ce mécanisme vise à renforcer la coordination entre les pouvoirs publics et les organisations de défense de la liberté de la presse. Il repose sur la désignation de points focaux au sein de la justice, de la police, de l’armée, des services de sécurité et du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), complétés par des relais provinciaux. Le dispositif prévoit également un système d’alerte précoce réunissant autorités locales et représentants de la société civile pour faciliter les signalements d’urgence. Un accent particulier sera mis sur les provinces de l’Est du pays, où les acteurs de l’information opèrent dans une vulnérabilité extrême face à l’insécurité chronique.
Ce projet ambitieux s’inscrit en effet dans un quotidien marqué par des dangers constants pour les professionnels du secteur. Dans les zones de conflit comme le Nord-Kivu, le Sud-Kivu ou l’Ituri, les journalistes font face à des risques d’assassinats, d’enlèvements, de séquestrations et de menaces directes de la part des groupes armés. De nombreuses radios communautaires, indispensables à l’information locale, subissent régulièrement des pillages ou des destructions d’émetteurs. À ces violences physiques s’ajoutent les pressions institutionnelles, les arrestations arbitraires et les fermetures unilatérales de médias, poussant de nombreux acteurs de l’information à l’autocresize ou à l’exil forcé.
Les statistiques publiées par les organisations spécialisées illustrent la gravité de la situation. Selon le rapport paru en mars 2026 par RSF, la RDC se classe au 130ᵉ rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse. Au cours de la dernière décennie, près de 500 journalistes ont été arrêtés dans la région des Grands Lacs, dont plus de la moitié sur le territoire congolais, avec plus de 111 détentions prolongées au-delà de 48 heures. En outre, près de 90 professionnels ont dû abandonner leur foyer ou entrer dans la clandestinité dans la région du Kivu, tandis que JED enregistre chaque année plus d’une centaine d’incidents violents à l’encontre de la presse.
Face à ces chiffres alarmants, l’enjeu principal repose désormais sur la solidité juridique et l’indépendance de la nouvelle structure. RSF et JED soulignent qu’une loi définissant clairement le mandat du mécanisme et lui allouant des ressources pérennes est indispensable pour éviter que l’initiative ne demeure une promesse formelle. La capacité de ce dispositif à agir avec autonomie et réactivité déterminera s’il constituera un véritable tournant pour la sécurité et la liberté des journalistes congolais.
Théodore TOYI MIREFU avec JED.