Rwanda 2025 : Derrière le silence des généraux, le spectre de l’effondrement

En 2025, le régime de Kigali paraît solide en surface, mais il est structurellement fragile et de plus en plus dépendant de la peur, de tests de loyauté et d’une « ré‑ingénierie » permanente de la classe militaire et politique. Derrière l’image de discipline, le régime rwandais est enfermé dans un cycle de recomposition qui révèle la crainte d’un coup d’État, des rivalités internes et un équilibre précaire autour du pouvoir personnel de Paul Kagame.​

Une année de retraites et de recomposition du haut commandement

Comme le rapportent Ujasusi.com et AllAfrica.com, Paul Kagame a approuvé le 29 juillet 2025 la retraite de neuf généraux des Rwanda Defence Forces (RDF), dont Andrew Kagame et Wilson Gumisiriza, ainsi que le départ de 120 officiers supérieurs et près de 1 000 autres militaires. Selon les médias locaux, il s’agit de la treizième grande vague de retraites de l’histoire des RDF, soulignant la fréquence anormale du renouvellement du haut commandement.​

Si les communiqués officiels présentent ces départs comme des retraites honorables, la sortie simultanée d’autant de généraux et d’officiers clés à Kigali et en province suggère une logique politique dépassant les simples limites d’âge.​

Échos de 2024 et d’avant

Selon Anadolu Agency et TRT Afrika, cette purge de 2025 fait écho à celle de 2024, où Kagame a mis à la retraite plus de 1 000 soldats, dont cinq généraux et l’ex-chef d’état-major Jean Bosco Kazura, juste après le renvoi de 200 militaires pour « faute grave ». The EastAfrican et le Daily Monitor (Ouganda) qualifiaient déjà ces mesures de « dernière purge » d’une armée supposée disciplinée, touchant tous les rangs.​

Dès 2023, VOA et Al Jazeera évoquaient une « grande purge militaire » lorsque Kagame a limogé des généraux historiques et remanié le ministère de la Défense. Pour les analystes régionaux, ces opérations visent moins la professionnalisation qu’une gestion préventive des risques de coup d’État et la marginalisation d’officiers disposant d’une légitimité autonome.​

Fragilité structurelle derrière la façade

Ces épisodes successifs (2023–2025) décrivent un régime gérant son insécurité par des mises à l’écart répétées qui effacent discrètement des réseaux entiers. Chaque vague supprime non seulement des individus, mais aussi leur mémoire institutionnelle, laissant une élite militaire plus docile mais plus fragile, dépendante de l’arbitrage exclusif de Kagame.​

Paul Kagame concentre le pouvoir suprême depuis 2000, aidé par des révisions constitutionnelles prolongeant son maintien. Dans ce contexte, la recomposition constante de l’appareil sécuritaire apparaît comme une stratégie pour resserrer le cercle des initiés et repousser la question inévitable de la succession.​

L’effondrement intérieur est‑il inévitable ?

Les éléments publiés par VOA, Al Jazeera, The EastAfrican et Ujasusi permettent de conclure que si Kigali contrôle encore l’État et le récit officiel, c’est au prix d’un système sous haute tension. Ce modèle projette une force apparente tout en sapant la confiance interne, augmentant le risque de fracture brutale plutôt que de transition négociée.​

Sans affirmer qu’un effondrement est imminent, l’examen des faits montre qu’en 2025, la stabilité rwandaise repose sur un socle étroit, personnalisé et de plus en plus fragile autour du pouvoir de Paul Kagame.​
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Par William Muyuku
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