
La rentrée parlementaire de ce lundi 16 mars au Palais du Peuple a été marquée par un climat de fortes tensions. Conformément à l’information révélée la semaine dernière, une pétition visant la destitution du deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, a officiellement été déposée. L’initiative émane du sénateur Dany Kabongo, un élu du parti présidentiel, l’UDPS/Tshisekedi .
La genèse d’une crise politique
Cette motion de défiance fait suite à une sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo, cadre pourtant influent de l’Union sacrée (la coalition au pouvoir). Lors d’un point de presse tenu le 4 mars, ce dernier avait rappelé que le mandat du président Félix Tshisekedi arrivait à son terme en 2028, conformément à la Constitution . Dans un contexte où les partisans du pouvoir évoquent de plus en plus ouvertement une possible révision constitutionnelle pour prolonger le bail du chef de l’État, ces propos ont été interprétés par ses détracteurs comme une opposition à l’agenda du président .
Le sénateur Dany Kabongo a justifié cette procédure en déplorant des propos jugés « incorrects » et empreints d’un « manque de respect » envers Félix Tshisekedi, considéré comme l’autorité morale de l’Union sacrée . Le rapporteur du Sénat avait d’ailleurs pris ses distances avec les déclarations de M. Lukwebo dès le début de la polémique .
Une pétition largement soutenue
Lancée quelques jours avant l’ouverture de la session parlementaire de mars, la pétition a rapidement gagné du terrain. Selon les informations rapportées par plusieurs médias, le seuil de recevabilité a été largement dépassé. Alors que le règlement intérieur du Sénat requiert seulement 22 signatures pour qu’une pétition soit examinée , l’initiateur du texte affirmait avoir déjà recueilli 45 signatures de sénateurs mardi dernier . Ce chiffre, qui pourrait avoir encore augmenté ce week-end, témoigne d’un soutien significatif au sein de la chambre haute.
Excuses et précédent
Face à cette fronde, Modeste Bahati Lukwebo a tenté d’éteindre l’incendie. Dans une communication adressée à ses pairs, il a présenté ses excuses et réaffirmé sa « loyauté au chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que son engagement au sein de l’Union Sacrée de la Nation » . Il a également clarifié ses propos sur la Constitution, expliquant que son appel à « changer les mentalités avant de changer les textes » n’était pas une opposition à une révision, mais une suggestion d’en débattre en interne .
Cependant, ses excuses n’ont pas suffi à faire retirer la pétition. Les sénateurs à l’origine de la démarche ont poursuivi la collecte de signatures . Un précédent célèbre plane sur cette affaire : celui de Vital Kamerhe. Malgré ses excuses à l’époque, le Speaker de l’Assemblée nationale avait dû démissionner face à une pétition similaire qui n’avait pas été retirée .
Un début de session sous haute tension
Le dépôt officiel de la pétition intervient alors que s’ouvre la session parlementaire de mars, traditionnellement consacrée au contrôle parlementaire . La procédure va désormais suivre son cours : la pétition sera examinée par le bureau du Sénat avant d’être potentiellement soumise au vote des 109 sénateurs . Si elle est adoptée, Modeste Bahati Lukwebo pourrait être destitué de son poste de vice-président.
Cette crise au sommet de l’institution sénatoriale illustre les profondes fissures qui traversent la classe politique congolaise autour de la question sensible de la révision constitutionnelle. Alors que des cadres de l’UDPS comme Augustin Kabuya assument vouloir « toucher » à la loi fondamentale, toute voix discordante au sein de la majorité semble désormais exposée à des représailles politiques .
TOYI MIREFU Théodore