Lorsque Uvira a été libérée, un espoir nouveau a envahi le pays. La nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre. On parlait alors de Bukavu et de Goma, symboles de souffrance, de résistance et du rêve de l’Est libre. La libération d’Uvira nous faisait croire que Bukavu serait la prochaine étape, ouvrant la voie vers Goma, cœur des territoires occupés.
Pendant des semaines, nous avons vu du courage à l’œuvre. Les FARDC, composés des Hiboux ainsi que des Wazalendos, sont devenus des héros, reprenant village après village. Chaque matin apportait une histoire de victoire.
Puis, le silence.
Stagnation sur le front
Trois semaines après la libération d’Uvira, le front s’est tu. Aucune avancée territoriale. Sange, à peine 18 km d’Uvira, reste aux mains des rebelles. Kamanyola, à 80 km et seulement 25 km de Bukavu, demeure sous leur contrôle. L’élan s’est arrêté, et ce silence pèse de plus en plus lourd chaque jour.
Le coût humain : un appel d’urgence de l’ONU
Faisons face à la réalité du terrain. Selon les rapports de l’OCHA et du HCR, l’est de la RDC compte plus de 7 millions de déplacés internes dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika, contre 6,7 millions début 2025. Les récents affrontements ont tué des dizaines de personnes autour d’Uvira, dont 74 civils depuis décembre, et déplacé plus de 500 000 personnes en quelques semaines. Les frappes de drones, enlèvements et tueries se poursuivent, poussant 236 000 autres à franchir les frontières vers le Burundi et le Rwanda. Chaque jour d’inaction creuse des tombes, crée des orphelins, disperse des familles dans l’inconnu. Ce ne sont pas des chiffres : c’est notre sang, qui exige une action immédiate.
Distractions et manipulation
Pendant ce temps, l’espace public est inondé de diversions : frappes de drones à Goma, débats sur une constitution modifiée, la mort de l’officier Willy Ngoma, déclarations politiques, meurtre d’une humanitaire française. Chaque événement capte l’attention nationale, détournant les regards du champ de bataille où nos compatriotes saignent encore. Intentionnel ou non, ce bruit ne profite qu’à ceux qui veulent affaiblir notre concentration et retarder la libération.
Ne nous laissons pas berner. Les drones ne libéreront pas Goma. C’est sur le terrain, par le courage des Wazalendo et de la nouvelle armée congolaise, que viendra la victoire.
Certains analystes soupçonnent même que les attaques de drones à Goma soient orchestrées par Kigali : pour semer la peur, disperser les jeunes et vider la région pour continuer d’y installer des populations loyales au régime de Kigali. Les Tutsi du Rwanda et de l’Ouganda. La balkanisation de l’est du Congo reste une menace réelle et pressante.
Un cri d’action
Chaque minute perdue dans l’hésitation aggrave notre souffrance. Chaque diversion politique, chaque retard condamne plus de familles au déplacement et au désespoir. Le gouvernement devrait donner aux Wazalendo et aux FARDC les moyens et le mandat d’achever la mission.
La guerre n’est pas finie. Et le silence, aujourd’hui, est notre pire défaite.
Cet appel s’adresse au gouvernement, à l’armée, aux Wazalendo et à chaque Congolais : rappelez-vous, notre pays est toujours attaqué. Nous n’avons pas le droit de nous fatiguer ou de nous distraire. Goma et Bukavu doivent être libérées. L’espoir né à Uvira ne doit pas mourir dans le silence.