« Soudanisation de la RDC » est un mot qui a attiré mon attention dès que j’ai lu l’interview de Joseph Kabila dans La Libre Belgique, ancien président de la RDC et actuellement condamné à mort par le même pays pour trahison et crimes de guerre. Dans mon analyse, je m’intéresse seulement à ce que veut nous dire Kabila en nous mettant en garde contre l’implosion du pays par ce gros mot.

La « soudanisation » appliquée par Kabila désigne l’implosion d’un État sous l’effet d’une guerre longue, fragmentée, mêlant fractures internes et interventions extérieures, jusqu’à la division du pays en entités rivales, comme ce qui s’est passé entre le Soudan et le Soudan du Sud. Dans sa bouche, ce n’est pas un concept neutre mais un message politique codé, adressé au pouvoir et à ses propres réseaux, sur le scénario qu’il envisage ou qu’il brandit comme menace pour la RDC.
Que veut dire « soudanisation » ?
La « soudanisation » résume trois grands points: marginalisation des périphéries par le centre; guerre civile prolongée sur fond de ressources et d’identités; internationalisation avec milices et États par procuration, aboutissant à une partition de fait.
Quand Kabila dit « je ne parle pas de balkanisation, je parle de soudanisation », il remplace la peur d’un découpage externe du pays par la peur d’une implosion interne, prolongée, qui finit par rendre la division « logique » aux yeux des acteurs. C’est plus sinistre que la balkanisation classique, parce que cela implique que l’État congolais s’effondre d’abord de l’intérieur avant même qu’on le découpe.
Soudanisation et crise congolaise: similitudes et différences
Kabila passe sous silence des différences fondamentales. Au Soudan, la fracture Nord/Sud était structurée par la religion, l’héritage colonial et une opposition quasi-civilisationnelle; en RDC, les lignes de fracture sont diffuses, multilocales, avec des chevauchements ethniques et économiques. L’indépendance du Soudan du Sud a suivi un processus politique encadré par des accords et un référendum soutenu; la RDC reste reconnue dans ses frontières par tous ses voisins, sans agenda officiel de partition. Kabila occulte son rôle dans la militarisation de l’est, via la gestion des groupes armés et des accords de brassage, qui a contribué à la fragilisation de l’État congolais.
Kabila, la date du 23 mars, le M23/AFC et le calcul politique
L’interview ressort autour du 23 mars, date symbolique du Mouvement du 23 mars (M23), accord de 2009 invoqué par les rebelles; accordée depuis Goma, sous l’influence du M23/AFC; Laurence Kanyuka, porte-parole du M23/AFC, relaie et commente positivement, synchronisant les narratifs.
L’adhésion populaire manquante
Laurent-Désiré Kabila a réussi grâce à la fatigue massive contre Mobutu; AFC/M23 échoue faute d’adhésion, avec haine populaire due à des massacres et à la collusion du Rwanda. Joseph Kabila, silencieux pendant des années de deuil et de massacres, appelle maintenant à mobiliser la diaspora et les Congolais contre « la dictature », alors que des crimes sont faits et l’adhésion est irrécupérable.
Le vrai calcul de Joseph Kabila
Kabila parle de « soudanisation », mais c’est plus qu’une balkanisation de l’Est. C’est un chantage clair : « implosion totale s’il n’y a pas de changement de pouvoir ». Il se repositionne en libérateur avec un nouveau mot, car « balkanisation » fait peur aux Congolais. Menace d’effondrement général du pays. Prépare un Congo à plusieurs centres de pouvoir. Évite le mot rejeté par les Congolais.