ONU : L’Est de la RDC au cœur de la guerre des minerais stratégiques

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Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le contrôle des zones riches en minerais reste l’un des moteurs majeurs du conflit. Selon des estimations récentes évoquées à l’ONU, la coalition rebelle AFC/M23, qui a conquis l’an dernier de larges pans de territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tirerait plus d’un million de dollars par mois de l’exploitation et de la contrebande de minerais.

La transition énergétique, nouveau champ de bataille géopolitique

Derrière la promesse d’une économie verte se cache une autre bataille, plus discrète mais tout aussi décisive : celle des minéraux critiques. Lithium, cobalt, nickel, terres rares – ces éléments, invisibles dans notre quotidien, sont devenus le carburant indispensable du XXIIe siècle. Sans eux, ni smartphones, ni véhicules électriques, ni technologies médicales de pointe ne seraient possibles. Mais à mesure que la demande explose, les rivalités géopolitiques s’intensifient.

S’exprimant récemment devant le Conseil de sécurité, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU, Rosemary DiCarlo, a décrit une transformation rapide aux conséquences profondes. Il y a dix ans à peine, ces ressources occupaient une place marginale dans les calculs stratégiques. Aujourd’hui, elles structurent l’architecture industrielle et énergétique mondiale. En 2023, le commerce des minerais bruts et semi-transformés a atteint environ 2 500 milliards de dollars, soit plus de 10 % du commerce mondial. Et la trajectoire reste ascendante : la demande pourrait tripler d’ici 2030 et quadrupler d’ici 2040.

Quand les ressources alimentent les conflits

Par une ironie tragique, certains des territoires les plus riches en ressources minérales figurent aussi parmi les plus instables. La RDC concentre plus de 70 % de l’extraction mondiale de cobalt, indispensable aux batteries. Le Myanmar est l’un des principaux fournisseurs de terres rares. L’Ukraine possède d’importantes réserves de titane et de lithium.

Dans ces contextes fragiles, l’exploitation minière peut devenir un moteur de violence. « Lorsqu’elle n’est pas gérée de manière responsable, elle peut affaiblir la gouvernance, alimenter les économies illicites et financer des groupes criminels et armés », a expliqué Mme DiCarlo, citant explicitement le cas de l’Est de la RDC.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis vingt ans, le Conseil de sécurité tente d’endiguer ces « économies de guerre » par des sanctions, des enquêtes et des mécanismes de traçabilité. Des groupes d’experts mandatés par l’ONU scrutent les circuits commerciaux et tentent de démêler les routes clandestines par lesquelles circulent minerais et profits.

Faire de l’exploitation minière un levier de développement et de paix

Face à cette nouvelle géopolitique des ressources, l’ONU plaide pour une approche plus structurée. L’enjeu est double : éviter que les minéraux critiques ne deviennent un nouveau moteur de conflits, tout en veillant à ce que leur exploitation profite réellement aux populations locales.

Trois priorités émergent : garantir des retombées économiques équitables pour les pays producteurs, renforcer la traçabilité des minerais pour lutter contre les flux illicites, et intégrer la gestion des ressources naturelles dans les efforts de médiation et de résolution des conflits.

La diplomatie des ressources devient ainsi un nouveau terrain d’action pour les négociateurs de paix. « L’exploitation équitable et responsable des minéraux critiques peut contribuer à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, et elle peut aussi contribuer à promouvoir la paix », a estimé la responsable onusienne. Encore faut-il que cette promesse ne se transforme pas en mirage. Car sous la surface lisse des technologies de la transition énergétique, la ruée vers les métaux du futur redessine déjà les lignes de fracture du monde.

Toyi Mirefu Théodore