​RDC : Le budget de l’État sous le poids d’une « économie de guerre »

​Alors que le gouvernement congolais prévoit de consacrer un tiers de son budget 2026 à la défense, le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète de l’explosion des dépenses d’urgence et de leur impact sur la transparence des finances publiques.
​Par la Rédaction
​L’effort de guerre en République démocratique du Congo (RDC) prend des proportions budgétaires inédites. Le 18 novembre dernier, la Première ministre Judith Suminwa a présenté devant l’Assemblée nationale un projet de loi de finances où la priorité est sans équivoque : 30 % du budget total sera alloué aux forces de défense et de sécurité. Cette mobilisation financière s’inscrit dans un plan plus large prévoyant d’investir cinq milliards de dollars dans le secteur sécuritaire sur la période 2026-2030.
​L’urgence comme norme budgétaire
​Cette priorité nationale, dictée par une situation sécuritaire volatile — particulièrement dans l’est du pays où l’impact des accords de paix reste quasi nul —, se traduit par un recours massif aux circuits financiers d’exception.
​Selon les données du FMI, les procédures d’urgence sont devenues le mode opératoire prédominant pour financer la sécurité. Les chiffres pour l’année 2025 sont éloquents :
​Au premier trimestre, près de 90 % des dépenses d’urgence concernaient le secteur sécuritaire.
​Cette proportion a crû aux deuxième et troisième trimestres pour atteindre la quasi-totalité des fonds engagés.


​Sur l’ensemble de l’année, le FMI estime que plus de 95 % des dépenses effectuées en urgence ont été consacrées à la sécurité.
​Un risque pour la transparence et la stabilité
​Si les autorités congolaises justifient ces pratiques par l’impératif du terrain et assurent que ces dépenses sont régularisées a posteriori conformément à la loi, l’institution de Bretton Woods tire la sonnette d’alarme. Le FMI juge ce recours « excessif », soulignant qu’il dépasse les plafonds indicatifs du programme financier en cours.
​Pour les experts du Fonds, cette opacité réduit la transparence budgétaire et complique sérieusement le contrôle des deniers publics. Plus inquiétant encore, l’insécurité est désormais identifiée comme un risque majeur pour l’équilibre du budget de l’État. En cas d’aggravation du conflit, les dépenses liées à la sécurité pourraient s’envoler jusqu’à atteindre 2 % du produit intérieur brut (PIB).
​Vers un retour à l’orthodoxie ?
​Conscientes des tensions que cette situation fait peser sur ses relations avec les partenaires internationaux, les autorités congolaises se sont engagées à réintégrer progressivement ces flux financiers dans les procédures budgétaires normales. Toutefois, cette promesse reste suspendue à une condition de taille : une amélioration tangible de la situation sécuritaire sur le terrain, une perspective qui semble encore lointaine.