RDC : 25 combattants du M23 se rendent aux FARDC dans le Sud-Kivu, un signe d’affaiblissement du mouvement rebelle

CreditPhoto tier.
Quotidien

Vingt-cinq combattants du M23 ont déposé les armes et se sont rendus aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu. Cette reddition, survenue dans les localités de Mikenge et Kakenge, illustre les difficultés croissantes que traverse la rébellion dans l’est du pays.

L’information a été officialisée mercredi 11 mars par le lieutenant Mbuyi Kalonji Reagan, porte-parole des opérations Sukola 2 Sud. Selon le commandement militaire, ces combattants ont choisi d’abandonner la lutte armée à la suite des récents affrontements qui ont permis aux FARDC de reprendre le contrôle de positions stratégiques dans la région.

Une procédure de reddition encadrée

La reddition s’est déroulée sous l’autorité des responsables militaires présents sur place. Les ex-combattants ont remis l’intégralité de leur équipement et de leurs armes avant d’être pris en charge et conduits auprès du commandement du secteur. Conformément aux procédures établies, ils ont immédiatement bénéficié d’une assistance humanitaire d’urgence, incluant la fourniture de vivres et de premiers soins.

Cette défection s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs semaines. Selon La Tempête des Tropiques, 43 rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC-M23) s’étaient déjà rendus aux FARDC à Uvira le week-end du 31 janvier 2026, après de lourdes pertes subies lors des combats autour du point stratégique “Point Zéro” dans le territoire de Fizi . Le média rapporte que ces ex-combattants, majoritairement d’anciens militaires des FARDC, vivaient dans des conditions misérables au sein du M23, bras armé des Forces de Défense du Rwanda (RDF), et que leur retour témoigne du calvaire qu’ils ont subi .

Une pression militaire accrue

Sur le terrain, les opérations des FARDC au Sud-Kivu se sont considérablement intensifiées. Elles incluent désormais des frappes ciblées contre les positions et les infrastructures logistiques de la rébellion. Cette stratégie offensive, combinée à un dispositif de renseignement renforcé, aurait sérieusement entamé le moral et les capacités opérationnelles des combattants du M23.

Le Quotidien du Peuple rapporte qu’en janvier 2026, les FARDC avaient déjà repris le contrôle de la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à la suite du retrait des éléments du M23 . Selon un communiqué des FARDC cité par le média, l’armée avait alors dénoncé un “pillage systématique” de la ville avant l’évacuation des forces rebelles, et poursuivait son déploiement pour consolider ses positions et sécuriser les personnes et leurs biens .

Le mouvement rebelle serait également confronté à un contexte diplomatique régional de plus en plus tendu, limitant ses possibilités de manœuvre et ses sources d’approvisionnement. La difficulté à maintenir des positions fixes et la pression militaire constante expliqueraient en grande partie ces vagues successives de redditions.

Quelles perspectives pour la stabilisation ?

Si ces succès tactiques des FARDC sont indéniables, la situation globale dans l’est de la RDC reste extrêmement précaire. La rébellion, bien qu’affaiblie sur certains axes, conserve une réelle capacité de nuisance et de mobilisation.

Selon une analyse du Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York, relayée par Le Point, plusieurs scénarios sont envisageables pour sortir de la crise . Le rapport souligne que depuis fin 2021, le M23, soutenu par le Rwanda, a progressivement pris le contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, avec une escalade atteignant un point critique au début de l’année 2025 par la prise de Goma et Bukavu . Les options les plus réalistes, selon cette analyse, combineraient une forme d’intégration des combattants avec la création d’une autorité spéciale de stabilisation pour le Kivu et l’Ituri, chargée de superviser le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR), le retour des réfugiés et la reconstruction .

La gestion des redditions pose en effet des défis majeurs. Le processus de DDR de ces anciens combattants dans un tissu social déjà fragilisé par des décennies de violences représente un enjeu crucial pour la paix durable.

Les autorités militaires congolaises présentent ces événements comme la preuve de l’efficacité de leur stratégie. Le message est clair : la voie de la reddition reste ouverte à tous ceux qui souhaitent quitter définitivement le cycle de la violence.

La communauté internationale suit avec attention ces développements, espérant que cet affaiblissement militaire du M23 puisse créer une fenêtre d’opportunité pour des négociations politiques inclusives. La multiplication des redditions pourrait en effet entraîner un effet boule de neige, sapant définitivement la cohésion du mouvement du 23 mars.

Pour l’heure, chaque combattant qui dépose les armes représente une avancée pour la stabilisation de la région et un espoir pour les milliers de civils pris au piège de ce conflit qui ensanglante le Sud-Kivu depuis trop longtemps. La vigilance reste toutefois de mise, l’histoire de la région ayant démontré à plusieurs reprises la résilience et la capacité de mutation des groupes armés.

La Rédaction