Jean-Jacques Purusi : Le gouverneur du Sud-Kivu qui a brisé 30 ans d’emprise de Kigali

Par William Muyuku
Toronto | 09 Fèvrier 2026

Jean-Jacques Purusi Sadiki s’impose comme une figure de rupture dans l’histoire politique récente du Sud-Kivu. Il est le premier gouverneur depuis 1996 à échapper à l’influence directe ou indirecte de Kigali. Sa gouvernance, axée sur l’autonomie économique et sécuritaire de la province, a marqué un tournant brutal avant que l’avancée du M23 ne suspende cet élan.
La rupture avec la tutelle de Kigali (1994-2024)

Depuis l’avènement de l’AFDL en 1996, durant l’occupation du RCD et pendant toute la présidence Kabila, la nomination des gouverneurs du Sud-Kivu (aussi le Nord-Kivu, tous deux frontalières avec le Rwanda) obéissait souvent à des impératifs sécuritaires et financiers validés par le Rwanda.
Après 12 gouverneurs successifs, Purusi est le premier nommé avec un mandat clair de Kinshasa pour briser cette dépendance. Cette volonté d’affranchissement a fait de lui une cible prioritaire, car il refusait de perpétuer le système de validation tacite par le voisin de l’Est.

L’infrastructure comme arme économique : le cas Ngomo

Son acte le plus audacieux fut de s’attaquer au monopole de transit rwandais. Historiquement, l’état impraticable de la RN5 (tronçon Kamanyola-Bukavu via Ngomo) forçait le trafic commercial du sud (Uvira, Port de Kalundu) à transiter par le Rwanda pour atteindre Bukavu. Ce détour imposait des taxes de transit, injectant des capitaux massifs dans l’économie rwandaise.
Aucun prédécesseur n’avait osé prioriser ce tronçon stratégique. Purusi a lancé la réhabilitation de Ngomo pour rendre le Sud-Kivu autonome. Si cette route devenait praticable, le Rwanda perdrait instantanément une rente majeure. C’est cette menace directe sur les flux financiers de Kigali qui a précipité l’hostilité à son égard.

Transparence financière et “Effet Magufuli”

Dès sa prise de fonction, Purusi a adopté une gestion radicale inspirée de John Magufuli. Il a publiquement déclaré l’état des caisses vides et imposé une bancarisation stricte.
Bilan chiffré : En supprimant plus de 147 taxes illégales, il a fait passer les recettes provinciales mensuelles de 500 000 USD à environ 1 750 000 USD dès les premiers mois.
Méthode : L’organisation de tribunes populaires pour rendre compte aux citoyens a marqué une première historique.
​Cette rigueur lui a valu le surnom de “Magufuli”, symbole d’intégrité et de travail.

Unification au-delà des ethnies.

Le Sud-Kivu a longtemps souffert d’une perception de domination politique par l’ethnie Bashi. Bien que Purusi soit originaire de Kabare, sa popularité transcende les clivages ethniques. À Uvira, bastion souvent hostile aux gouverneurs de Bukavu, il a été accueilli non comme un “Mushi imposé”, mais comme un libérateur. Sa proximité avec le peuple est telle que beaucoup à Uvira lui prêtaient des origines locales, voyant en lui un “Sud-Kivutien” avant tout. Il a réussi là où ses prédécesseurs ont échoué : unifier la province face aux menaces ethniques par des actions concrètes.

Biographie et parcours international

Purusi n’est pas un politicien classique, mais un technocrate chevronné. Docteur en Sciences Politiques de l’Université de Gand, il possède une solide formation académique.
​Durant deux décennies aux Nations Unies, il a occupé des postes stratégiques, notamment au Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme au Rwanda (1995-1997). Cette expérience lui confère une connaissance intime du régime de Kigali. Ce profil international lui garantissait une indépendance d’esprit que les réseaux locaux de corruption ne pouvaient atteindre.

La menace existentielle et l’exil forcé

L’intransigeance de Purusi face aux intérêts rwandais en faisait une menace existentielle pour le système de prédation établi dans l’Est. La chute de Bukavu l’a contraint à un repli stratégique vers Uvira, puis à un exil temporaire au Burundi pour échapper à une élimination physique planifiée.
Contrairement aux gouverneurs précédents enclins à la cohabitation, Purusi incarnait une rupture trop nette pour être tolérée par Kigali. Aujourd’hui de retour à Uvira, il incarne la résistance institutionnelle et demeure, aux yeux de la population, le seul gouverneur légitime du Sud-Kivu.
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William Muyuku 
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