Rwanda : Washington envisagerait un changement de régime au nom de la stabilité régionale

Rupture diplomatique et colère américaine

Rencontre Gasana et Tshisekedi à New York

La prise d’Uvira par le M23/AFC, avec le soutien documenté de Kigali, marque un tournant décisif dans les relations entre les États-Unis et le Rwanda . L’administration Trump, confrontée à l’entêtement de Paul Kagame à violer les accords de paix et de retrait, semble avoir acté que le régime actuel est un obstacle structurel à la stabilité régionale .

Washington ne cache plus son exaspération face à ce qui est perçu comme une trahison de la parole donnée. « “Les États-Unis sont profondément préoccupés et incroyablement déçus par la nouvelle flambée de la violence dans l’est de la RDC”, s’est indigné Mike Waltz, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, rapporte Afrikarabia » .

Cette déception s’est muée en une hostilité ouverte au sein de l’exécutif américain. La Tempête des Tropiques, le quotidien kinois cite un officiel américain proche de la Maison Blanche qui accuse le chef de l’État rwandais d’avoir trahi la confiance des États-Unis et du président Trump : « dans un langage particulièrement offensif, il qualifie Paul Kagame de “criminel de guerre” incapable de tenir parole, et affirme que “le temps du dialogue est terminé” et qu’il est “temps pour Kagame de partir” » .

L’alternative Gasana et le rôle de Kinshasa

Pour l’administration américaine, le départ de Paul Kagame est désormais envisagé comme une condition sine qua non pour l’avènement d’une paix durable dans les Grands Lacs . Cette nouvelle doctrine s’accompagne d’une volonté de structurer une opposition politique rwandaise crédible. Une figure centrale émerge dans ce dispositif : Richard Eugène Gasana, ancien ambassadeur du Rwanda à l’ONU .

L’alliance entre cette dissidence et Kinshasa s’affiche désormais sans complexe. Une rencontre stratégique a eu lieu à Kinshasa entre Richard Gasana et le Président Félix Tshisekedi, immortalisée par une photo destinée à rassurer les alliés rwandais sur le soutien de la RDC et des États-Unis . Washington accorderait d’ailleurs un « droit de regard spécial » au Président Tshisekedi sur la formation d’une coalition inclusive, censée réunir la majorité Hutu et une minorité Tutsie non conflictuelle .

Une lutte pour la survie politique de Kagame

Au-delà des enjeux géopolitiques, le conflit prend une tournure de plus en plus personnelle entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame . Conscient du rôle confié à son homologue congolais par Washington pour piloter une alternative à son régime, le président rwandais ne se bat plus seulement pour une influence régionale, mais pour sa propre survie politique . Chaque offensive du M23/AFC peut ainsi être interprétée comme une tentative de saboter le plan américain et de démontrer que toute solution sans lui est vouée à l’échec. La confrontation est devenue existentielle, faisant de la guerre dans l’Est une lutte directe pour le pouvoir à Kigali .

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Par William Muyuku,
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