Rwanda: des pétitions pour permettre à Kagame de briguer un 3e mandat

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Le président rwandais Paul Kagame.AFP PHOTO / CARL COURT

Tandis qu’au Burundi, la question d’un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza provoque depuis un mois un vaste mouvement de contestation populaire, au Rwanda voisin, l’atmosphère est tout autre. Dans un pays souvent critiqué par la communauté internationale pour son espace politique restreint et son manque de liberté d’expression, le Parlement a en effet annoncé avoir reçu environ deux millions de signatures de citoyens en faveur d’une réforme de la Constitution permettant au président Kagame de se représenter une troisième fois en 2017, alors que la Constitution n’autorise que deux mandats.

Ils sont onze, représentant les 23 centres de santé du district de Karongi dans l’ouest du Rwanda et ils ont tenu, expliquent-ils, à venir en personne déposer leur pétition au Parlement mercredi. « Aujourd’hui, on est venu avec 579 signatures, ça représente la totalité des personnels des centres de santé du district, affirme Innocent Dusabimana. Tout le monde est d’accord pour que notre président Kagame puisse avoir la possibilité d’être réélu si c’est possible et s’il l’accepte. »

Les dépositaires vantent les réalisations économiques du président Kagame, également crédité d’avoir ramené la stabilité au Rwanda après le génocide.

Ces signatures s’ajoutent aux quelques deux millions d’autres selon la présidente de la Chambre des députés. Donatille Mukabalisa assure que ces demandes de révision de l’article 101 de la Constitution sur la limitation du nombre de mandats présidentiels affluent depuis des mois, et ce de manière spontanée et non forcée.

En effet, des voix s’élèvent pour dénoncer ces pétitions en masse. Pour René Mugenzi, militant rwandais des droits de l’homme exilé en Grande-Bretagne, ce n’est qu’une « mise en scène » du parti au pouvoir. Selon lui, beaucoup de Rwandais sont contraints de signer ces pétitions au risque d’être mis au ban de la société. Parmi les rares voix dans le pays à oser critiquer, Bernard Ntaganda, un opposant qui vient de purger une peine de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat et divisionnisme, dénonce une absence de liberté d’expression et nie toute pertinence de ces pétitions.
Par RFI