Le pillage de la RDC par Kigali, Ottawa et Toronto

AB Minerals : le modèle d’affaires canadien à l’oeuvre en Afrique

Deuxième article d’une série de deux

Chronique de Bernard Desgagné
dimanche 23 octobre


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Le National Post nous apprenait récemment que le gouvernement du Canada avait financé la dernière visite privée au Canada du dictateur Paul Kagame, dont il connait pourtant les nombreux crimes, notamment ceux dont nous avons parlé dans le premier article de la présente série. Eh oui, le gouvernement du beau et gentil Trudeau semble vouloir appliquer à peu près la même politique d’instrumentalisation du terrorisme que ses prédécesseurs. Et, s’agissant de l’Afrique, il se laisse guider par l’admiration sans bornes que l’actuel ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, voue à Roméo Dallaire, un collaborateur assidu du FPR.

Pourtant, Ottawa a de bons services de renseignement et sait pertinemment que le FPR de Paul Kagame a tué les prêtres québécois Claude Simard (1994) et Guy Pinard (1997). En outre, le gouvernement Trudeau a désormais la confirmation que c’est le même FPR qui a assassiné la famille d’un autre Québécois, Corneille Nyungura. Mais, malgré les assassinats impunis de ressortissants canadiens, le gouvernement Trudeau poursuit la tradition de complicité avec le FPR du général Maurice Baril, de l’ambassadeur Raymond Chrétien et de Radio-Canada, la même tradition qui a justifié, aux yeux de Jason Kenney, l’extradition de Léon Mugesera au Rwanda. L’ancien ministre de l’Immigration du Canada, du temps du gouvernement Harper, s’offusque de l’idée d’extrader des criminels chinois en Chine, mais n’a eu aucune réticence à remettre un innocent comme Mugesera entre les mains d’un système judiciaire piloté par des criminels. Valets rouges ou valets bleus de Bay Street, les politiciens d’Ottawa ne se distinguent les uns des autres qu’en surface.

Faut-il-le rappeler, le régime de Kigali que dorlote Ottawa avec nos impôts passe son temps à intimider, menacer, emprisonner et assassiner tous ceux qui osent dire la vérité à son sujet. La journaliste étasunienne Ann Garrison a récemment été expulsée avec son collègue Jeremy Miller d’un évènement intitulé « San Francisco Rwanda Day », où ils allaient tranquillement assister à une conférence de Paul Kagame, qui est chez lui aux États-Unis autant qu’un citoyen de ce pays, y compris dans les grandes universités comme Yale. Voyez un terroriste du FPR procéder, en plein Manhattan, au musèlement brutal d’un défenseur des droits de la personne.

À San Francisco, trois agents de la police municipale et le directeur de la sécurité de l’hôtel Marriott Marquis ont expulsé Ann Garrison et Jeremy Miller de la salle pour cause de négation du génocide. Mme Garrison résume très bien ce qu’est un « négationniste » aux yeux de Kagame, de ses disciples et de ses généreux parrains :

« Est un négationniste quiconque décrit la guerre et les massacres au Rwanda entre 1990 et 1994 d’une manière un tant soit peu non conforme à la version officielle qu’impose le gouvernement actuel du Rwanda, que la Constitution et les lois de ce pays interdisent de contester et qui s’intitule le “génocide des Tutsis”. »

Washington, Ottawa et les autres amis de Kagame savent que, si le Rwanda pourchasse ceux qu’il accuse de « négationnisme », il réserve également un traitement particulier aux personnes qui appartiennent à la mauvaise ethnie. Dans l’évangile diabolique selon Kagame, les Hutus doivent se repentir ad vitam æternamdes souffrances des seules victimes qui ont droit à la compassion, soit les rescapés du génocide des Tutsis, y compris lorsque les condamnés à la honte perpétuelle n’étaient pas nés au moment des faits qu’on leur impute comme des stigmates indélébiles.

Au vu et au su de la communauté internationale, le régime du FPR organise des simulacres de procès pour juger les Hutus qui ne seraient pas convaincus de la nécessité de demander pardon et envoie les récalcitrants en prison ou dans des camps de rééducation, où ils peuvent être soumis à divers mauvais traitements et à de la torture. Les prisons et les camps sont une pépinière de délateurs et de faux témoins que le FPR prépare pour faire condamner des personnes gênantes ou pour duper des juges naïfs dans d’autres pays, y compris le Canada.

Enfin, quelles que soient les lois du Rwanda ou des autres pays, les parrains de Paul Kagame acceptent que ce dernier n’y soit jamais soumis. Il peut ordonner comme bon lui semble l’incarcération ou l’exécution de ses opposants politiques ou de ses anciens collaborateurs devenus gênants et n’a même pas besoin de s’en cacher. Lisez Entre les quatre murs du 1930, de l’héroïne Victoire Ingabire, et vous verrez à l’oeuvre la mécanique infernale de la fausse justice aux ordres de Kagame.

Disons tout de même qu’un des rares signes encourageants issus des capitales occidentales, relativement aux violations massives des droits de la personne par la dictature rwandaise, nous est parvenu le 6 octobre 2016, lorsque le Parlement européen a adopté une résolution condamnant sévèrement Kigali au sujet du procès truqué, de l’emprisonnement et de la torture de Victoire Ingabire.

Bref, malgré son bilan hitlérien, Paul Kagame ne manque manifestement pas de complices et de protecteurs puissants, y compris au Canada, où les autorités font preuve d’une invraisemblable et scandaleuse complaisance envers lui. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est l’homme de confiance de Washington et de ses alliés en Afrique centrale. Ils se fient à lui pour maintenir leur emprise sur cette région, ce qui leur permet notamment d’en piller les richesses minérales. Dernièrement, nous avons pris connaissance d’un nouvel exemple concret made in Canada des retombées de cette politique.

L’usine de pillage de coltan de la société canadienne AB Minerals à Kigali

Une société canadienne de Toronto non inscrite à la Bourse, AB Minerals, a annoncé son intention d’ouvrir une usine de séparation de coltan à Kigali. Dans son site Web, elle annonce que le minerai proviendra du Rwanda et de « l’Afrique de l’Est ». D’abord, je suis très sceptique quant à l’existence de gisements importants de coltan au Rwanda. Kagame prétend qu’il y en a et que les incrédules n’ont qu’à aller les voir sur place. Mais pourquoi ne pas tout simplement mettre en ligne des statistiques, des photos et des vidéos sur l’exploitation minière ? Kagame pourrait même demander conseil à ses amis de Radio-Canada, qui sont passés maitres dans l’art despublireportages pour vanter les bonnes œuvres des minières dans le Nord du Québec. Or, on ne trouve rien de tel dans les médias habitués à louanger le FPR. Le secret entourant les prétendues mines de coltan au Rwanda est louche, et nous subodorons le mensonge, comme d’habitude, dans les propos de Kagame.

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Ensuite, mes collaborateurs ont tenté de communiquer avec AB Minerals pour savoir de quels autres pays de « l’Afrique de l’Est » proviendra le coltan traité à Kigali. Mais les patrons d’AB Minerals, Frank Balestra et Curt Huber, n’ont pas daigné nous répondre. Or, il est de notoriété publique que le coltan exporté par le Rwanda provient essentiellement des riches gisements de l’Est de la RDC, pays voisin, où sévissent depuis longtemps des chefs de guerre à la solde de Kagame qui ont le contrôle de pans entiers de territoire congolais.

Pour vérifier si mes soupçons étaient fondés, j’ai communiqué avec le ministère des Mines de la RDC, qui a pris le temps de me répondre le 21 septembre 2016. Voici ce que j’ai pu apprendre de M. Valéry Mukasa, directeur de cabinet du ministre des Mines :

  1. Il n’y a eu aucun pourparler entre le gouvernement de la RDC et AB Minerals sur un projet de traitement de coltan ;
  2. AB Minerals n’a aucune entente avec le gouvernement de la RDC ;
  3. AB Minerals n’a pas informé le gouvernement de la RDC qu’elle comptait acheter légalement du coltan aux exploitants artisanaux et industriels de la RDC.

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On peut donc en conclure qu’AB Minerals compte extraire illégalement du coltan en RDC pour le transformer au Rwanda. Parions que ce vol pur et simple, digne du crime organisé ou d’un État voyou, sera jugé par Ottawa entièrement conforme au « modèle d’affaires canadien » et à la « Stratégie de promotion de la responsabilité sociale des entreprises pour les sociétés extractives canadiennes présentes à l’étranger ».

Et le Québec dans tout cela ? N’y a-t-il pas, parmi les politiciens québécois qui affirment vouloir faire du Québec un pays souverain, ne serait-ce que dans un lointain avenir, une seule personne capable de prendre la parole sur autre chose que la santé, l’éducation, l’environnement et les méchants libéraux ? N’y en a-t-il pas un, quelque part, qui soit capable de faire entendre la voix de la nation québécoise dans le monde, notamment en Afrique francophone, pour se dissocier du « modèle d’affaires canadien » ?

Empêtrée dans sa logique totalement immorale de domination et de guerre, l’oligarchie occidentale a choisi la mort comme stratégie économique. On le voit en Afrique centrale comme en Libye, en Côte d’Ivoire et en Syrie. Que va faire le Québec dans les aventures de l’OTAN au profit d’une petite clique de psychopathes ultracapitalistes ? Que nous apportent ces aventures ? Quelles en sont exactement les retombées économiques au Québec ?

Croyez-le ou non, notre pays immense recèle d’importants gisements de coltan, de lithium et de beaucoup d’autres matières. Si, si, du coltan, comme en RDC. Le Québec a de l’énergie, des matières premières, des universités, des grappes technologiques, des usines, des capitaux, du savoir-faire, du coeur à l’ouvrage et tout ce qu’il faut pour se bâtir une économie solide. Nous n’avons pas besoin de participer aux massacres de masse, au terrorisme et au pillage de l’Afrique dans lequel nous entraine le « modèle d’affaires canadien ». Au lieu d’acheter nos téléphones cellulaires en Chine, nous pourrions, par exemple, les fabriquer entièrement chez nous. À partir de la roche. Voilà comment on développe véritablement une économie, au lieu de s’autocoloniser et de brader ses ressources naturelles. Qu’attendons-nous pour nous retrousser les manches ?


Voir le premier article de la série : « Le chanteur québécois Corneille lève le voile sur sa tragédie ».

L’auteur est journaliste citoyen et a publié de nombreux articles sur les conflits et les interventions occidentales en Afrique. En 2011, il s’est rendu dans les camps de réfugiés ivoiriens d’Afrique de l’Ouest. Il a été placé récemment sur la liste noire du régime de Paul Kagame, au Rwanda, pour avoir publié des informations qui contredisent la propagande de ce régime sur la violence endémique au Rwanda et en République démocratique du Congo depuis 1990.